Passage du canal de Panama

 

 

Janvier 2021

 

 

Notre noël à la marina vu par Gérald Hustache-Mathieu.

 

 

 

Notre séjour à la marina Shelter Bay n’a fait que s’éterniser et nous faisons maintenant complètement partie des meubles. 5 électriciens se sont succédés pour arriver à comprendre pourquoi les batteries de démarrage du moteur se déchargeaient. Et à chaque fois il fallait attendre plusieurs jours sans allumer le moteur pour voir si c’était bien réparé. Puis d’autres problèmes électriques sont survenus, toutes nos connexions étaient oxydées et entre le mec qui oublie ses outils et dit qu’il repasse demain et celui qui n’a pas eu le temps d’acheter le matériel de remplacement, les semaines ont défilé...

Mais pas forcément à la vitesse de l’éclair pour nous qui étions dans cette attente interminable que tout soit fonctionnel (obligation absolue en ce qui concerne le moteur pour traverser le canal). Nous avons eu un gros coup de mou juste après Noël avec l’envie de rien et la déprime d’être loin de nos proches. La fermeture de la piscine cause COVID a fortement joué sur la baisse de moral, tous les aquaphiles comprendront...

 

Nous avons fini par reprendre du poil de la bête chacun à notre façon:

Alex en occupant son temps à classer les bouts par tailles, couleurs, diamètres, matières et ordre de préférence... Ou en repeignant le moteur, activités essentielles à la survie en mer.

 

 

 

 

 

 

Quand à moi, j’ai épluché les plus grands magasins de Colón, la grande ville à côté de la marina pour dégoter le puzzle le plus beau qu’il soit: Mickey et ses amis, 500 pièces, ce qui m’a occupé au moins deux bonnes après-midi!

 

 

Nous commençons aussi à stocker pas mal de conserves pour la transpacifique.

 

 

 

 

Mais chaque journée était illuminée par une heure hors du temps, entre 17 et 18 heures, pour une balade au milieu des animaux sous la canopée de la jungle panaméenne.

 

 

 

 

 

Chaque fois nous pouvons observer plein d’animaux: le bébé agouti qui traverse la route toujours au même endroit, les singes hurleurs qui restent totalement indifférents, limite nonchalants face à nos « coucou » et autres danses ridicules pour attirer leur attention. On dirait même parfois qu’ils sont un peu dépressifs tellement ils sont peu réactifs. Seul les petits bébés sur le dos des mamans paraissent avoir un semblant de curiosité pour nous. Les singes capucins eux sont beaucoup plus curieux et un peu effrayés, ils essayent de nous impressionner en secouant les branches un peu agressivement. C’est incroyable de découvrir le caractère de ces animaux uniquement en les observant dans leur milieu naturel sans passer par Wikipédia!

 

La jungle est aussi gavée de coatis, opportunistes et peu farouches. Mais ce qui nous a réjouit le coeur, c’est la découverte après tant d’efforts et de recherches du fameux Sloth tant aimé! Ceci uniquement grâce à Alex qui est un vrai oeil de Lynx! Car ils sont tout en haut des arbres et ne bougent que très rarement, donc très difficiles à voir (on s’est chopé un mal aux cervicales de fou d’ailleurs!) Nous avons vu plusieurs mâles et femelles, mais aussi un juvénile, qui lui était tout en bas d’un arbre, nous avons savouré notre chance!

 

 

Cette fois-ci il faut trouver le sloth! (Paresseux)

 

 

 

 

Nous transportons nos lourdes jumelles mais ne le regrettons pas lorsque nous pouvons percevoir la finesse des doigts chez les singes ou les nuances de roux chez l’écureuil. Un spectacle fantastique qui nous remplit et nous nourrit de beauté.

 

 

 

 

 

La piscine a fini par réouvrir et le moral par revenir complètement quand les problèmes électriques du moteur ont été totalement résolu! Alex est d’autant plus content car 3 amis d’enfance vont pouvoir venir nous rejoindre profiter des iles côté Pacifique, dont Paul qui vient même plus tôt pour traverser le canal de Panama avec nous! Tout s’est goupillé à la dernière minute un peu miraculeusement.

Avant notre départ nous sympathisons avec un couple de français magnifique, ils ont déjà fait deux fois le tour du monde! Ils ont un fils de 15 ans qui est blanc comme un cul car il passe ses journées à jouer aux jeux vidéos. Il voyage en voilier depuis qu’il a deux ans et

récemment il s’est retrouvé en métropole dans une voiture qui passait sous un tunnel. Il a halluciné en disant « WAOUH! Mais c’est quoi ce truc???!!! », car il n’en avait jamais vu!

Sabrina est devenue une fée magicienne pour moi car elle m’a expliqué comment prendre le médicament censé être le plus efficace contre le mal de mer! Je le prenais une fois malade et micro dosé donc il n’avait aucun effet! Il faut le prendre avant de partir en mer et bien dosé (Stugeron 75mg pour ceux que ça peut intéresser).

 

 

 

 

 

 

Finalement nous ne sommes ni tristes, ni nostalgiques de quitter cet endroit où nous avons quand même passé 3 mois! Mais plutôt très excités de vivre ce qui nous attend!

La date de notre passage du canal de Panama est maintenant fixée: nous traversons le lundi 25 janvier! Cela se fait sur deux jours! Nous avons rdv lundi soir à 19h45 au mouillage devant la marina pour accueillir le pilote qui va nous guider. Paul arrive le matin même en ayant voyagé toute la nuit. Très stressé car il n’était jamais sorti d’Europe, il ne parle pas du tout espagnol et il a laissé ses deux petits garçons qu’il adore. Il leur envoie des vidéos reportages régulièrement, c’est un papa exemplaire!

Cela fait deux semaines qu’Alex est en boucle sur la manoeuvre pour sortir du port! Il la répète dans sa tête, fait des schémas, des croquis, des visualisations et il en rêve la nuit! Il y a beaucoup de vent depuis plusieurs jours et cela le stresse énormément. Le jour J, tous nos amis français viennent nous aider et je suis surbriefée de conseils pour garder un maximum le bateau dos au vent en reculant car si je tourne trop tôt le vent le rabattra plus vite sur les autres bateaux. Je commence à reculer et assez vite le bateau part de travers du coup je le redresse avec le propulseur d’étrave mais je me goure de sens et j’accentue la rotation! Mais comment peut-on avoir aidé des enfants à se repérer dans l’espace pendant 18 ans et se tromper sur un truc pareil????? Alex vient à ma rescousse et on s’en sort comme des chefs!

Claude et Pascale, un autre couple de français rencontré à la marina viennent nous aider pour les manoeuvres dans les écluses car il faut absolument être 5 à bord pour traverser le canal peu importe la taille du bateau! Deux personnes à l’avant pour tenir les amarres de chaque côté et deux personnes à l’arrière, plus le barreur.

 

 

 

 

 

 

À 19h46 le pilote n’est toujours pas là, Alex trépigne d’impatience, collé à la VHF. Alex est très très très méticuleux sur les horaires. Il n’est JAMAIS à l’heure car il est TOUJOURS en avance. Et il exige la même chose des autres. Normal.

Dans tous les blogs de navigateurs, le temps moyen du retard du pilote tourne autour de une heure! Et le notre arrivera à 20h. Nous partons particulièrement tard pour un voilier de plaisance et avons la chance de passer de nuit sous le magnifique pont construit par des français qui relit l’Amérique du nord et l’Amérique du sud...

 

 

 

L’arrivée tant attendue du pilote!

 

 

 

 

 

 

Nous arrivons assez vite aux écluses, il y en a trois à la suite, elles nous monteront jusqu’au lac Gatún où nous passerons la nuit. Le bateau est maintenu dans l’écluse par 4 amarres qu’il faut reprendre à mesure que l’eau monte pour les garder tendues. Paul qui n’a pas dormi depuis 33 heures est au bout de sa life car c’est très très physique! Il insulte Alex de l’avoir emmené dans ce traquenard!!!

 

 

 

 

 

 

 

Les écluses se remplissent à une vitesse incroyable! Pour vous donner une idée c’est comme si la large piscine des Halles de 50 mètres se remplissait en moins d’une minute! Cela crée plein de remous et quand on avance d’une écluse à l’autre, je suis ultra concentrée pour bien maintenir le bateau droit et centré (merci propulseurs d’étrave!!!). Nous sommes le seul voilier de plaisance à traverser avec un immense porte-conteneurs, ce qui est très rare à cette période mais depuis le covid l’activité plaisancière a fortement diminué. Cela nous arrange car ce n’est jamais simple de se mettre à couple avec un autre bateau! Par contre les porte-conteneurs sont toujours aussi nombreux même si passer le canal leur coute 1,5 millions de dollars!!!!!

Nous arrivons sur le lac Gatún à minuit passé, épuisés mais heureux d’avoir tout bien géré sans avoir navigué depuis presque un an! Après un bon repas bien mérité nous nous couchons à 1h30.

Le lever est un peu difficile mais il faut être au taquet car le nouveau pilote arrive à 8 heures pétantes! Il nous confirme que c’est gavé de crocodiles mais moi je sais qu’ils n’ont jamais fait de mal à personne et nous ne regrettons pas notre baignade matinale!

 

 

 

 

 

 

 

Nous partons pour une longue navigation où nous longeons des îlots sauvages. Nous ressentons à nouveau cette sensation de liberté de vivre sur un voilier, un peu étouffée après 3 mois cloitrés à la marina! Alex oeil de Lynx aperçoit un crocodile!

 

 

Paul vient d’une famille de chasseurs et a lui même chassé dans sa jeunesse. Je ne sais pas vous mais moi je trouve qu’il ne semble pas tellement convaincu par le récit d’Aymeric Caron sur l’antispécisme! Mais il y réfléchit...

 

 

Notre pilote pique du nez en rêvant certainement à Jésus...

 

 

 

L’immense porte-conteneurs Tétris a le culot de nous doubler...

 

 

Nous avons tous serré les fesses et croisé les doigts pour que ça passe... (Paul a même baissé la tête!)

 

 

 

 

Nous servons à notre pilote une délicieuse salade de crudités, pâtes de riz, protéines de soja texturées, citron vert et lait de coco. Il mange tout et délaisse les petites boulettes de soja. Il s’excuse et nous dit qu’aujourd’hui il ne mange pas de viande. Nous lui avouons fièrement que nous sommes végétariens et que ce n’est pas de la viande, il finira toute l’assiette et réclamera deux fois du gâteau aux pommes!

Nous avons trois autres écluses à redescendre, cette fois-ci en donnant du mou aux amarres ce qui est moins difficile. Nous faisons des grands « coucou » à la webcam qui filme en continue mais personne ne nous suivra sur internet (en même temps nous n’avions prévenu que 2 personnes!). Mais comme les photos prises dans les grands huit à Disneyland, je voulais trop avoir la photo de Diatomée dans les écluses! Par miracle j’aperçois au loin un travailleur prenant en photo Diatomée depuis le quai. Je lui saute dessus en lui demandant de nous envoyer la photo sur What’sapp, et avec mon espagnol impeccable, je dois lui expliquer trois fois ce que je veux!

 

 

 

THE photo of Diatomée in THE canal!

 

 

 

 

En attendant le porte-conteneurs qui descendra les écluses avec nous, nous sympathisons avec le talentueux photographe. On lui explique que y’a grave un business à faire en vendant les photos des voiliers dans les écluses, comme celles sur les genoux du père noël! Depuis il nous envoie plein de messages sur jésus avec vidéos sur la procession et les prophètes!

 

 

 

Contrairement aux écluses d’hier, le porte-conteneurs est cette fois-ci derrière nous ce qui est quelque peu impressionnant!

 

 

 

 

La dernière écluse nous ouvre les portes du Pacifique! Pour être tout à fait honnête j’étais surtout concentrée sur la navigation et les remous à gérer mais c’est quand même assez spectaculaire!

 

 

 

 

 

 

 

Nous apercevons les magnifiques building de Panama City et sur le point de savourer notre exploit, le bateau qui vient rechercher le pilote nous rentre dedans assez franco et brise deux chandeliers...la coque est aussi bien abîmée... Nous sommes abasourdis et ne savons pas trop comment réagir. Cela plombera un peu l’ambiance mais pas trop longtemps! Nous fonçons boire un verre en ville mais malheureusement tout est fermé à cause de l’épidémie. Un petit resto qui est censé vendre seulement à emporter nous installe une table et nous trinquons à cette belle traversée du canal!

 

 

 

 

 

 

Un grand merci à Claude et Pascale de nous avoir si gentiment aidé sachant qu’ils avaient déjà été volontaires pour aider un autre plaisancier quelques jours plus tôt. Eux-même ne vont pas traverser mais cherchent à ouvrir des chambres d’hôtes à Bocas Del Toro!

 

À suivre...

 

 

 

 

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