Préparation de la transpacifique

 

 

 

 

Février 2021

 

 

Carnet de bord 22 illustré par le grand Gérald Hustache Mathieu!

 

 

 

 

 

 

Après avoir laissé Côme, Paul et Jeff rentrer chez eux, nous sommes restés au surf camp à Santa Catalina, surtout pour avoir du wifi et compléter notre demande pour l’entrée en Polynésie française. C’est plus simple de dormir sur terre car nous mouillons assez loin et seul le moteur le moins puissant de notre annexe fonctionne. Nous devons accoster sur la plage de surfeurs où les rouleaux s’enchaînent !!! Je serre les fesses et Alex me dit d’être prête à sauter si le bateau se renverse! Quelques minutes avant, sur le trajet, deux dauphins sont venus à l’étrave de notre dinghy!!!! Cela ne nous était jamais arrivé… Les caméras étaient au fond du sac étanche, cela m’a permis d’en profiter pleinement. Mais notre petit moteur n’était pas assez rapide pour eux et ils ne sont pas restés longtemps!

Nous avons eu la chance d’arriver sur la plage entre deux séries de grosses vagues et nous voici à terre pour 2 nuits. Alex est très inquiet car les danois et d’autres connaissances n’ont pas eu l’autorisation de débarquer en Polynésie. Nos connaissances là bas et en France sont très réactives pour nous envoyer des contrats de travail ou promesses d’embauche en Polynésie, de plus, nous espérons que le statut associatif du bateau et les expéditions à venir feront aussi pencher la balance.

Une fois le dossier envoyé et le carnet de bord publié, il est temps de retourner sur le bateau. Sauf que la houle n’a pas cessé d’augmenter depuis deux jours, et que les vagues sont gigantesques (seul les très très bons surfeurs s’y aventurent!). Et nous devons rentrer avec notre annexe!!! Heureusement le type de l’hôtel trouve un gars avec un pick up pour nous emmener, Alex, l’annexe et moi, sur une plage avec moins de rouleaux. 

 

 

 

 

 

 

Mais la houle est telle que les vagues sont quand même bien présentes! Le dinghy doit toujours rester face aux vagues sinon il se renverse! Alex conduit comme un chef et nous passons le plus dur. Enfin ce que nous croyons… Car beaucoup loin, il y a des hauts fonds qui font déferler les vagues. D’un coup on se retrouve face à des vagues qui montent qui montent qui montent et déferlent pleine de mousse juste devant nous… Le dinghy se lève tellement haut que nous sommes expulsés et sautons en l’air avant de retomber à notre place tout tremblotants… J’ai le coeur qui bat à 10000 et je ne sais pas par quel miracle l’annexe ne se retourne pas. Nous sautons comme ça à deux reprises puis nous arrivons vers les vagues juste houleuses, qui déferlerons après notre passage…ouf!

Nous avions prévu de retourner quelques jours sur l’île de Coiba, découvrir de nouveaux endroits. Prêts à naviguer, le guindeau ne relève plus l’ancre…! Alex bricole un truc mais le guindeau n’est pas assez fiable pour ancrer dans des îles désertes… Nous décidons de rentrer directement vers Panama City, ce qui veut dire qu’on enchaîne directement avec deux grosses journées et une nuit de navigation.

 

 

 

 

 Mac Gyver très concentré…

 

 

 

Autour de nous, des centaines de pélicans qui semblent nous encourager…

 
 
 

Nous devions aller ici…!!!

 

 

 

Notre décision est accentuée par la météo très clémente car la navigation est difficile, vent et courant de face, et le vent allait bien forcer les jours à venir… C’était le créneau météo à choper… Mais du coup je n’ai pas pris mes cachets miracle qui se prennent un jour avant et si je n’ai pas vomis, j’étais amorphe et apathique durant tout le trajet. Je peux quand même m’octroyer des moments d’étirements ce qui me rassure grandement pour la transpacifique où j’espère pouvoir pratiquer stretching et barre au sol les jours calmes.

 

 

 

 

 

 

D’ailleurs les rares tensions entre Alex et moi concernent très souvent l'ordre des priorités. Durant la transpacifique, Alex souhaite attacher notre radeau de survie à l’endroit où je fais mon sport (cf photo), mais pour moi c’est hors de question de ne pas bouger mon corps pendant 30 jours!!!!! C’est la seule place que j’ai pour m’étirer en navigation et c’est plus important que l’accessibilité du radeau de survie. Pour l’instant il est sous le plancher du cockpit, c’est vrai qu’il est galère à sortir mais la probabilité pour qu’on s’en serve est tellement minime que je n’ai pas envie de gâcher la plus belle place du bateau! Je sais qu’au fond, Alex a raison mais la santé physique compte beaucoup aussi!!!

 

 

 

 

 

 

Nous ne regrettons pas notre décision de rentrer, car même avec peu de vent, nous avançons très mal sur la fin, il y a parfois 3 noeuds de courant contre nous et nous prenons notre mal en patience… Nous arrivons à la marina Vista Mar à 22 heures, Alex me demande si je me sens d’accoster de nuit et je me dis que tout sera bien éclairé, qu’il n’y a pas de souci!… A l’entrée de la marina, c’est le noir total!!!! Il y a des pauvres lampions jaunes palissons qui émettent une faible lueur sur les quais…je ne vois pas les types qui sont censés nous placer…C’est la PANIQUE TOTALE!!!! Je tente de faire du surplace en attendant de comprendre où aller… Puis les gardiens de nuit finissent par apparaitre en silhouette noire au loin, une double place nous est reservée, il faut bien ça pour Diatomée!!!! Quand le bateau est enfin amarré, je réalise que je tremble de tous mes membres!!! Mais nous pouvons maintenant dormir tranquille…

 

 

 

 

Vous voyez quelque chose? Nous non plus!!!!

 
 
 

 Nous sommes à deux heures de route de Panama City

 
 
 

 

 

 

Je dis à Alex qui s’il n’y avait pas eu de piscine à la marina, j’aurais était vraiment très dégoutée d’écourter notre séjour à Coiba. Dès le réveil, je fonce nager dans la magnifique piscine qui surplombe la mer, elle est sublime et je réalise la chance que j’ai d’être là. En sortant de l’eau, un vigile me demande si je suis résidente, pour une fois que je nage « légalement », je réponds fièrement « Si! Tengo un barco a la marina! », mais le type m’explique que depuis peu, la piscine n’est que pour les résidents vivants dans la  propriété autour. Je suis au bout de ma life mais je repense à la phrase fétiche que ma mère m’a mainte fois répétée « les choses n’ont que l’importance qu’on leur accorde ». Chaque matin, la piscine de rêve est vide, et moi je nage dans le port, entre la digue et la station essence. 

 

 

 

 

 

 

 

Dans le dernier carnet de bord j’ai oublié de préciser que notre paddle payé très cher a fini par exploser malgré nos multiples précautions. Il a duré 3 jours! Du coup nous devons faire un aller retour à Panama City et essayer de se le faire rembourser. Le vendeur nous explique que c’est au moins la 6ème demande de remboursement pour cette marque de paddle, tout le monde a des problèmes avec! À la place, nous décidons d’acheter deux petits paddles rigides et non gonflables, pour ne plus craindre ce risque d’exploser sous la chaleur et de devoir le dégonfler à chaque fois. Sauf qu’ils sont courts et très peu stables, Alex est tombé plusieurs fois alors que des kilomètres en paddle, nous en avons dans les jambes!

Nous sommes immédiatement consolés quand nous apprenons que notre demande d’entrée en Polynésie est acceptée!!! C’est une joie et un soulagement immense!!!!! Nous n’avions pas trop de plan B… et nous sommes extrêmement conscients de notre chance car nous croisons dans la marina d’autres voyageurs qui ne peuvent pas aller en Polynésie comme prévu, certains sont coincés aux Galapagos et ne savent pas où aller, c’est vraiment galère… 

Nous faisons des courses mais cela fait un moment que j’achète régulièrement des conserves en bocal où des céréales complètes en vue de la traversée et le bateau est gavé gavé de bouffe que ça en est limite écoeurant! Chacun fait son stock de produits indispensables, lait d’amande et pâte à tartiner pour moi, coca et gâteaux apéro pour Alex! Et normalement, si tout se passe comme prévu, Cédric, notre équipier pour la transpacifique devrait me ramener de la PÂTE DE SPÉCULOOS!!!! Il va direct marquer beaucoup beaucoup de points!

 

 

 

 

 

 

 

La transpacifique est une traversée plus longue que la transatlantique. Pourtant on ne traverse en fait que la moitié du Pacifique, nous n’allons pas jusqu’au Japon! L’ancien propriétaire de Diatomée a traversé en 22 jours, nous pensons mettre entre 21 et 28 jours pour arriver jusqu’aux Marquises.

Nous n’attendons plus que nos deux équipiers: Cédric Palerme, président du grand club d’apnée de Nice, le CIPA, et Guillaume Néry, grand champion d’apnée pour ceux qui ne le connaisse pas, mais surtout réalisateur et modèle pour de nombreux films artistiques sous marins qui ont eu un impact énorme sur l’image de l’apnée dans le monde entier. Grâce à lui, les gens ont une vision de l’apnée différente que celle de suivre un câble en profondeur. Il a apporté art et poésie dans cette discipline. Alex le connait mieux que moi et je sais que c’est quelqu’un d’une grande humilité et qui a une vision très juste de lui même.

Cédric, je ne le connais que par ses posts Facebook très engagés, pertinents et le gars semble très high level intellectuellement. Il adore photographier les petits créatures marines comme moi et mettre en valeur la beauté de l’océan.

 

 

 

 

À l’heure où je publie ce carnet de bord, ils sont en ce moment même dans l’avion direction Panama!

 
 
 

 

Avec ces deux pointures nous ne nous ennuierons pas, moi ça m’aidera à ne pas être trop apathique comme je le suis souvent en navigation, imaginez remplacer Guillaume Néry pour le quart de nuit, vous redoublez d’attention pour ne pas être tout baveux!!!!

 

À suivre…

 

 

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